- 29 mai
- 3 min de lecture
Giovanni Segantini, grand maitre oublié
Le peintre italien Giovanni Segantini est exposé au musée Marmottan Monet, à Paris. Alors, on y court ?
Par Clémence Duranton

Son nom nous est presque inconnu. Pourtant Giovanni Segantini, peintre italien du 19e siècle, est sans conteste des rares qu’on peut placer dans la catégorie des grands maitres.

Le début de sa vie fut chaotique : orphelin, il passe son enfance dans la misère, est même arrêté pour vagabondage. Il s’en sortira en devenant cordonnier, seulement pour un temps, et heureusement, car dès 1875, il tombe amoureux de la peinture, comprend qu’il a un certain talent, et démarre la carrière d’une vie.
Autodidacte, il n’étudie que deux ans à Milan avant de s’envoler en solitaire. C’est sa rencontre avec les frères Grubicy de Dragon, importants galeristes et marchands d’art, qui lui permet de se faire connaitre et de vivre de son art.
Segantini a changé trois fois de lieu de vie au fil de son existence, et c’est ce qui a définit les contours de son oeuvre. Après la ville à Milan, il s’installe à Pusiano, à côté du lac de Côme où il peint le quotidien des paysans. L’influence de Jean-François Millet, ses glaneurs, ses moutons, ses bottes de foins, transpire dans ses toiles.

Giovanni Segantini
Ave Maria à la traversée , 1886-1888, Huile sur toile, 121,2 x 92,2 cm, Segantini Museum, Saint-Moritz,
dépôt de la Fondation Otto Fischbacher Giovanni Segantini
© Stephan Schenk, Segantini Museum
Ses lieux de vie définissent ses motifs : ville, campagne, montagne.
En Suisse, il change de méthode. Vittore Grubicy de Dragon, son marchand, est aussi un très grand peintre qui lui enseigne le divisionnisme. En clair : au lieu de fondre les couleurs entre elles et de les superposer, il les place côte à côte. C’est le genre de technique qu’on retrouve chez Camille Pissarro notamment, à la même période.
Sa fascination pour le symbolisme, les épisodes de la Bible et les mythes classiques se développe alors qu’il croule sous les dettes. Il s’exile dans les montagnes où il trouve de nouvelles inspirations, ses travaux, eux, font le tour du monde et séduisent le public comme la presse.

En 1900, il lance un grand Triptyque des Alpes pour l'exposition universelle, qu’il finira juste à temps, avant qu’il ne décède d’une péritonite fulgurante. Il s’éteint à 41 ans, son ultime tableau sera encensé par la critique.
Sa dernière oeuvre ? un grand Triptyque pour l'exposition universelle, qu’il finira juste à temps, avant qu’il ne décède d’une péritonite fulgurante.
En découvrant ses oeuvres pour la première fois, on est frappé par la lumière qu’elles dégagent, la vibration des couleurs, les verts intenses, les bleus profonds. Ses motifs pastoraux ont quelque chose de plus, une mélancolie qui rappelle la dureté de la vie des paysans mais aussi la poésie et le calme d’une nature à perte de vue.
Son utilisation du clair-obscur est remarquable, sa technique impeccable, ses compositions savamment pensées permettent de découper ses toiles en carrés qui chacun, abritent tout un monde. L’artiste s’amusait d’ailleurs à faire des variations des mêmes thèmes, pas des copies, mais des réinterprétations sublimes. Le dessin fait donc partie intégrante de son oeuvre, il n’est jamais relégué au second plan face aux grandes toiles, il existe au même niveau, sublime, hypnotique.
Si vous ne connaissiez pas Giovanni Segantini avant de lire ces lignes, courez le découvrir.

Giovanni Segantini, Marmottan Monet, Paris
Jusqu'au 16 août
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