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Angelo Gopee : rencontre avec le roi des concerts
Le patron de Live Nation, plus gros organisateur de concert au monde, était à Cannes pour le Midem, événement majeur qui réunit les professionnels de la musique. On lui a posé toutes les questions que le grand public se pose.
Par la rédaction

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Live Nation.
Angelo Gopee. Notre rôle, c'est d'organiser des tournées pour les artistes, d'organiser des concerts, des festivals, des événement, de permettre à des artistes de monter sur scène, en les encadrant. Ils font leur mise en scène et nous, on les met sur scène, à l’international et en France.
C’est vous qui allez chercher les artistes ?
Les deux sont possibles. Ils nous contactent ou on les contacte. Ensuite on monte la tournée. On loue des camions, on gère le son, la lumière, la vidéo…
Quand vous ajoutez une date pour un artiste, c’est un effet d’annonce ou c’est réellement prévu à la dernière minute ?
Non, on le fait uniquement quand c’est complet et qu’on voit qu’il y a beaucoup de demandes sur les premières dates. Après, il faut que ça colle en termes de disponibilité avec la salle.
Qu'est-ce qui peut mener à l'annulation d'un concert ?
Les travaux, les intempéries ou une menace. Il faut que les spectateurs puissent se rendre sereinement sur les lieux et que tout le monde soit en sécurité. Bon et si un artiste est malade.
Et si le taux de remplissage est trop bas ?
Moi je pars du principe que je n’annule jamais pour ça. C'est un manque de respect pour les artistes.
En quoi votre métier a changé avec l'évolution de l'industrie ?
On fait beaucoup plus de concerts qu’avant. Avec la démocratisation de l'accès à la musique, il y a beaucoup plus d'artistes, beaucoup plus de courants musicaux, beaucoup plus d'artistes émergents, de diversité. La K-pop, le hip-hop, la musique afro… Le travail de producteur, c'est un travail de dénicheur. 65 % de notre travail porte sur des artistes émergents.
Un artiste qui vient avec 60 camions, 400 personnes, de la lumière, du son… vaut forcément cher.
On parle beaucoup de l’augmentation du prix des billets, qu’est-ce que vous répondez à ça ?
La hausse des prix des billets porte uniquement sur des artistes qui se produisent dans des grandes salles. La grosse majorité de nos concerts ont des billets qui coûtent entre 25 et 45 euros. Un artiste qui vient avec 60 camions, 400 personnes, de la lumière, du son… vaut forcément plus cher. À Paris la Défense Arena, il faut 1000 personnes pour mettre le show en place.
Et les gens veulent de plus en plus spectacle, donc forcément, les billets sont plus chers qu’avant. Surtout que depuis le Covid, tout a augmenté, l’augmentation du prix des matières premières joue énormément.
Certains artistes comme Orelsan cette année préfèrent se produire plusieurs fois dans une salle moyenne que de faire un stade. Comment ça s’explique ?
Quand on va au Stade de France, il faut qu’il y ait une très grosse production à la hauteur de la taille de la salle. La taille de la scène passe du simple au double entre l’Accor Arena et une Paris La Défense Arena par exemple, donc il faut une scénographie suffisamment grande pour remplir cet espace. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est important d’adapter le show à la salle, on ne peut pas proposer la même chose à la Cigale qu’au Zenith.
Et puis, il y a une réalité qui vient des artistes : certains ont besoin d’une certaine proximité, comme Billie Eilish, qui préfère faire l’Accor Arena plusieurs fois qu’un stade, alors qu’elle pourrait le remplir sans problème.
En festival, 60 % de mon remplissage se fait grâce à la tête d’affiche.
Comment se place la scène française en termes de production et de technologie sur scène, par rapport au reste du monde ?
Plutôt bien, au même niveau que beaucoup. Ceux qui sont le plus en avance, ce sont les Chinois. Ils ont des robots sur scène, de la très haute technologie, c’est fou. On a encore beaucoup de choses à faire et à apprendre.
Vous venez d’annoncer que Lollapalooza Paris n’aura pas lieu cet été. Pourquoi prendre une telle décision ?
Sur les festivals, on est lésé par rapport à d’autres pays. Ailleurs, ils ont des vendeurs d’alcool, de cigarettes qui donnent beaucoup d’argent aux festivals. Chez nous, c’est interdit. Donc on ne peut pas avoir certains artistes parce qu’on ne peut pas les payer au même tarif que les autres pays.
À Lollapalooza, on n’a pas de bénévole, pas de subvention, et cette année avec la configuration des tournées, on n’avait pas de possibilité d’avoir de tête d’affiche. J’ai 60 % de mon remplissage qui se fait sur la tête d’affiche. Je savais que cette année, j’allais perdre de l’argent. On sait que les gens sont déçus mais on ne peut pas monter un événement à perte. Mais on reviendra.
Vous gérez aussi le Midem, qui fête son anniversaire cette année. Le grand public n’a aucune notion de ce qu’est cet événement. Vous pouvez nous l’expliquer ?
Pendant 58 ans, le Midem a été le lieu de rencontre numéro 1 pour le monde la musique. Si vous souhaitiez sortir un album, il fallait être là . Avant les plateformes de streaming, ça permettait aussi de voir ce qui se faisait à l’international. C’est un événement pour les pros, pour lancer des artistes. Maintenant la filière musicale évolue, donc c’est un événement qui permet de réunir tous les métiers du spectacle.
Quand on fait un métier comme le votre, on ne doit pas être beaucoup chez soi le soir…
Je vois plusieurs concerts par soir mais j’arrive à le faire parce que c’est un métier passion. Et j’essaie de me préserver. La famille, c'est important.
Votre dernière grosse claque devant un concert ?
Beyoncé ! Quand Jay Z est monté sur scène. C’était fou. 80 000 personnes qui ont sauté en l’air.
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